1948- 2019

Monique castillo

« Une philosophie de la paix suppose que la guerre n’est pas l’état ordinaire des relations humaines et qu’il est possible d’instituer la paix en tant que situation normale des relations entre les peuples. »

Monique Castillo, La paix, Optiques Hatier, page 4

poème de Jean-Pierre Mouzat

Quand venant nous
asseoir, quelque fois le mardi,

On écoute une pensée
en archéologie.

Mécaniques huilées de
bronze et de laiton,

Remuant la poussière
sans l’aide d’électrons,

Systèmes alambiqués
comme des usines à gaz,

Projets naphtalinés
bien rangés dans leurs cases,

Et même quand ils
braconnent dans la littérature,

Ne font pas oublier
que les chaises sont dures.

Enfin ! Certains
mardis, on sort des catacombes,

Un vent acidulé
circule entre les tombes,

Car nous faisons
retour dans ce monde incurable,

Dans ce siècle de fer
et d’anarchie durable,

Confrontés au réel, à
l’angle du présent,

Quittant l’air des
musées on retrouve notre temps,

Où tout homme égaré
cherche à quel rang se mettre,

Commence à
s’angoisser : à quel ordre se soumettre ?

Surtout malgré le
culte d’une raison encensée,

Qui laisse faire aux
hommes tant d’actes insensés.

Heureusement arrive
Monique Castillo.

(Oserai-je le dire,
un peu comme Zorro,

En tout cas c’est
pour elle, qu’on met des strapontins)

Avec gentillesse elle
nous prend par la main,

On regarde en avant,
on s’occupe plus d’hier,

Elle nous donne
aujourd’hui une culture vivrière,

Nous montre le chemin
dans cette vie politique,

Si souvent déroutante, souvent pathologique,

Elle écarte les
ronces, devant nous elle défriche,

Nous fait lire les
signes qu’elle éclaire et déchiffre,

Et malgré les tondus,
les barbus péremptoires,

Qui tous nous
condamnent sans l’usage du prétoire

Nous fait pourtant
aimer cette vie magmatique,

De génome falsifié,
d’erreurs chromosomiques.

Elle nous mène enfin
à l’usage d’un monde,

Dont on a toujours
peur qu’il ne soit qu’une tombe.

L’esprit de Castillo
met en ordre le chaos,

Et tout cela se passe
aux Mardis de la Philo !

~ Jean-Pierre Mouzat – 2008

Article du monde

Un hommage de Laurence devillairs

Je tiens entre les mains un livre de Monique Castillo, Kant et l’avenir de la culture, que j’ai tellement lu, relu, annoté et souligné qu’il en est devenu illisible. Mais en l’ouvrant à n’importe quelle page, je retrouve intacte l’impatience qui m’avait saisie la première fois que je l’ai lu. Car il y a dans la manière dont il est écrit une urgence, presque une injonction : il fallait que ce soit dit et il faut que ce soit lu, au mieux et au plus vite. Le concept chez Monique Castillo est ainsi : impatient. Elle est parvenue à faire de Kant, ce sédentaire scrupuleux de la philosophie, un être de démonstrations mais de passions aussi. Sous sa plume, il prend des accents prophétiques, le rationalisme se fait enfiévré, tout d’enthousiasme et de vigueur. Monique Castillo ne pense pas à moitié. A la lire, on comprend, et cela saute aux yeux dès le ton des premières lignes, que la philosophie n’est pas une activité pour les tièdes, pas un exercice à faire en milieu protégé et clos, de façon feutrée et mesurée. La philosophie est faite pour emporter, pour avancer. Un combat est à mener, un confort à déranger, Monique Castillo encourage à ne pas faire le pari de la tranquillité. La sincérité, ce talent qui consiste à dire ce qu’on pense et à rechercher la vérité, est, dans ce livre comme dans les autres, dans les cours qu’elle a donnés et auxquels j’ai eu la chance d’assister, bien plus qu’une qualité intellectuelle : une droiture morale – et ce n’est pas rien pour une kantienne. Car ainsi qu’elle le déclare à la toute fin de ce livre que je n’ai finalement jamais refermé : « Kant tient pour l’ennemi du peuple, bien plus que l’ignorance, la dissimulation et l’hypocrisie qui font douter des droits de la raison elle-même. »

Laurence Devillairs